dimanche 13 décembre 2009

En images

Bon, j'en vois déjà me dire que le message sur la traversée est trop long, alors, en prime voici d'autres photos.


Marian
Le Zao.


Hiro, Leonardo et Mira sont dans un bateau.
Hanne.



Sebastian.



Il est pas beau ce foutoir?
Ici repose Sir Francis Drake.



Entre deux eaux.

C’était il y a quelques jours. Cela me parait être il y a une éternité.

Je commençais sérieusement à penser que j’allais nous expédier par avion, moi et la moto (il faudra qu’un jour je vous laisse dans la confidence et que je vous dise comment elle s’appelle, je crois que vous m’êtes assez intimes maintenant). Plus la saison. Trop mauvais temps. Parti hier, dommage. Prochain voyage mi-janvier. Que des réponses négatives.

Il faut savoir qu’il n’y a pas de transport maritime officiel entre le Panama et la Colombie à moins de passer par les compagnies spécialisées. Cela veut dire un agent maritime, des intermédiaires, etc. Pas mal de sous autrement dit.

Il n’y a pas non plus de route, ce serait un peu trop simple.

Il faut soit tenter sa chance avec des trafiquants locaux, d’île en île au gré de l’échange de marchandises à la provenance douteuse et la destination encore plus obscure, soit trouver un de ses voiliers dont le skipper est près pour une belle poignée de dollars à vous embarquer de manière plus où moins légale. En effet, ces mercenaires caribéens n’ont pas le droit de transporter des passagers payants ni des marchandises. Le risque n’est pas énorme, il y a parfois des bonds dans la conscience de l’administration colombienne qui saisie motos et bateaux. Rien que quelques pots de vin ne puissent arranger en une semaine ou deux.

Nous sommes assez nombreux, comme je l’ai déjà dit à faire ce voyage à moto et tâchons de profiter de l’expérience de ceux qui nous ont précédés. J’avais donc épuisé la plupart de ces ressources. Je suis en contact avec Sebastian depuis avant nos départs respectifs. Il est parti de Los Angeles et va aussi vers le sud. Il est argentin et bien qu’il soit difficile de se faire une idée des gens par échange de messages électroniques, je le trouvais d’avance très sympathique. Dans son dernier courriel il disait partir avec le Zao. Hélas pour moi, son départ était prévu la veille. Par dépit et sans trop d’espoir je décidais d’appeler le capitaine du Zao, Leonardo. Le mauvais temps l’avait retenu une journée de plus à Colon et il lui restait une place. Je devais le contacter le lendemain pour finaliser cette possibilité. Chose faite sans faute. Il me suffisait de la retrouver plus à l’est à Portobelo et je serais admis à bord avec armes et bagages, ce n’est pas de la chance pour voyageur à la dérive ça?

En route donc pour l’autre côté du pays, mince arrête qui relie les Amériques et se traverse en quelques heures, ce qui au Panama n’est pas sans risques. Les panaméens remportant haut la main la palme des pires conducteurs des Amériques, et fort possiblement du monde.

La tension était très palpable dans cet aréopage hétéroclite et polyglotte qu’étaient les passagers du Zao. Un passager surnuméraire voulait aussi embarquer pour cette traversée avec sa moto. Un français du nom d’Éric.

Grant, un motard canadien a, je crois, eu l’idée du vote. Marian, l’allemande, Anneh et Ionhi, un couple de finlandais votaient non. Sebastian (qui au final est vraiment très sympa), Grant et moi-même votions dans le camp du oui. Hiro, le japonais de l’équipée s’abstenait. On était mal barré.

J’ai un peu manqué le déroulement des «pour parler» pour être franc, occupé par l’embarquement de ma moto, mais au final Éric et sa Yamaha se retrouvèrent aussi en notre compagnie, n’ayant pas de couchette il dormirait sur le pont, nous serions donc neuf à bord.

Le lendemain dès l’aube nous souquions les artémuses et plissions les escarbèches malgré un temps plutôt défavorable.

Je me demande si je prétends ne pas être un aventurier pour le plaisir intellectuel d’une certaine rhétorique ou bien si c’est juste parce que je sais que mes limites physiques sont assez basses. Quel paradoxe en effet. J’adore le bateau et les voiliers plus particulièrement, mais mon corps ne semble pas partager le point de vue de mon intellect. Je souffre d’un terrible mal de mer dès que je suis sur un plan d’eau plus agité que la mare qui se forme dans ma rue devant le numéro 12 après une averse de six minutes, sans vent cela va de soit. Il n’y eu pas là d’exception. Sur la mer démontée et luttant contre des forts vents de face, il fallut 17 heures pour faire le trajet qui en prend habituellement dix.

Dont quinze que je passais les yeux fermés la tête posée sur le plat bord. J’offrais par altruisme et en offrande aux créatures marines les reliquats de mes précédents repas, et j’allais attaquer les couches sédimentaires du fond de mon estomac quand enfin un phare à l’horizon nous indiquait la proximité de notre destination du premier jour. Le seul problème potentiel se présentant sous la forme d’une obscurité tenace et une passe étroite nous séparant du mouillage salvateur. J’avais suffisamment récupéré, et la mer c’était assez adoucie pour que je puisse servir à quelque chose, mettant à profit ma vision nocturne d’oiseau de nuit barbouillé pour nous guider entre les récifs meurtriers.

Fin du jour un, journée de misère, de peine et de questionnement sur la nécessité de m’infliger de telles autopunitions. Le pire restait à venir je le pressentais.

Il y avait au programme un autre passage de deux ou trois jours d’une seule traite à effectuer vers la Colombie. Mais la météo nous étant peu favorable, les jours suivants furent consacrés au farniente. Ancrés devant une île du peuple Kuna loin de sentiers touristiques, la bonne entente semblait être de mise parmi nous. Nous partagions les tâches quotidiennes sans hésitations, nagions sans souci dans une eau presque trop chaude, cuisinions des langoustes et crabes géants achetés aux pêcheurs Kuna pour quelques dollars. Nous savions tous que le calvaire du premier jour serait encore amplifié dès que nous prendrions le large (je n’avais pas été le seul à être victime du mal de mer!). Nous faisions semblant de ne pas y penser et profitions de cette parenthèse en attendant une accalmie dans la météo. Pour nous, naufragés temporaires, les choses du monde prenaient une importance relative. Le temps s’écoulait lentement avec une saveur douce que seul ce point indéfini à cheval entre l’ennui et la paresse peut procurer à ceux que l’oisiveté surprend dans leur course folle vers un nulle part après lequel ils courent à toute vitesse.

La traversée tant redoutée se fit finalement en plusieurs étapes. Nous profitâmes d’une accalmie entre deux grains pour nous rendre jusqu’à une autre île des Kuna. Cette fois-ci nous passâmes la soirée à terre avec une famille. Il semble que chaque île abrite une famille, un groupe électrogène et un système de karaoké.

Prise trois, après une autre journée occupée à ne rien faire nous quittions le lagon sous une averse rafraîchissante. Finalement, c’est plutôt bien parti. Sept d’entre nous se portèrent volontaires pour prendre des tours de quart à la barre (le pilote automatique ne marchant pas, entre autres choses). La mer après la tempête n’était pas trop agitée. Mon second tour de garde fut le plus savoureux. J’eus droit au quart minuit-deux heures du matin. Le vent avait forcit et nous menions une bonne allure. Seul à la barre, je me lassais aller à une rêverie solitaire. Les nuages laissaient parfois entrevoir les étoiles et je fermais la lumière qui éclairait le compas et me laissais guider par les étoiles. Parfois, je rêvassais un peu trop et la grande voile se mettait à faseyer me rappelant que j’avais une tâche à accomplir et un cap à tenir. Les embruns balayaient régulièrement le pont où s’écrasaient des exocets échappant à d’invisibles prédateurs. J’eus presque envie de ne pas réveiller le responsable du quart suivant, mais il se présentait en temps et en heure et à deux heures une, je regagnais ma bannette.

L’épreuve est arrivée le jour suivant en fin d’après midi. En quelques minutes tous les nuages avaient quittés le ciel. Le vent augmenta rapidement et atteint bientôt les 40 nœuds. Le temps de ramener de la toile, il était trop tard, le foc s’était déchiré. Dans la manœuvre pour le ramener mon rétroviseur droit fut arraché et repose à présent au fond de la mer des Caraïbes.

La nuit fut plus calme, et au final si certains (moi inclus) ne se sentirent pas trop biens, personne ne fut vraiment malade. Au jour trois de mer sur les coups de midi nous entrions, sales, sentant la sueur, les entrailles un peu vrac, dans le port de Cartagena.

Il convient je pense de placer ici un mot sur notre capitaine. Il est italien Leonardo, c’est un génie excentrique et absolument passionnant. Il mériterait que quelqu’un lui écrive une biographie. Même si ses histoires sont embellies par son côté napolitain, comment ne pas succomber à ses envolées lyriques. Il s’y mélange allégrement son ancienne vie de physicien nominé pour le Nobel, de l’espionnage, des secrets d’état, des Ferrari au rouge flamboyant, des femmes (beaucoup de femmes), des naufrages, du piratage et j’en passe. Le premier soir, il me choisit pour être celui qui repérerait les récifs, décidant que j’étais celui qui voyait le mieux. Je gardais ce rôle à chaque fois que nous entrions quelque part pour un mouillage. Ce premier soir, il me montrait l’horizon et dit :

«Tou lé vois là les récifs?»

«Oui!» (Satisfait)

«Ha! Bene, parce que là yé né vois rien du tout moi!»

Son bateau est l’un des plus laids et qui à le plus besoin d’une peinture fraîche de ce côté du monde, mais il est fiable et solide, aucun accessoire n’y fonctionne, mais il nous a menés en Colombie sans faillir. C’était l’ancien voilier de Ted Turner parait-il.

Je suis en Colombie, une nouvelle page s’ouvre sur mon voyage, un nouveau continent s’offre à nous.

J’étais à Panama il y a une éternité, c’était il y a neuf jours.






Préparation et embarquement des motos. À droite la V-Strom de Sebastian qui embarque avec moi.








Les jeunes Kuna.
Et un moins jeune.

vendredi 4 décembre 2009

Encore une frontière cahotique.

Il semblerait que depuis le début de ce voyage mon mysticisme va en grandissant. Je suis guidé par les signes, comme Corto à travers Venise ou Samarkand. Le Costa Rica, ne voulait pas de moi, je le voyais. Même pas ésotériques comme messages ce que j’ai reçut. Tiens encore une preuve, en sortir est vraiment facile. Contrairement à l’entrée, les formalités d’usage sont réduites au plus succinct. Premier bureau, coup de tampon au passeport. Guichet voisin, annulation de l’importation de la moto. Les assistants ne sont pas des plus heureux que j’ai trouvé tout ça tout seul. Il y a aussi un bureau indiqué comme étant là où on doit faire annuler l’assurance obligatoire. Je ne me donne pas la peine d’y aller, je n’y vois qu’une peine administrative sans intérêt, le principal est fait. Bien sur ma lancée, je suis décidé à me passer des assistants qui bourdonnent autour de moi comme des mouches. Amusant de voir toutes les techniques qu’ils déploient. Tentatives de conversations sur la pluie et le beau temps auxquelles je réponds poliment, avertissement sur les difficultés à passer au Panama sans aide, etc.

J’y suis arrivé, mais encore un beau foutoir, digne de l’entrée au Costa Rica. Et en plus la température est encore montée d’un cran. Me tenir debout immobile est suffisant pour que la sueur me coule entre les sourcils en flots ininterrompus.

Sans entrer dans une énumération pénible, voici les grandes lignes des étapes du rite initiatique de passage au Panama.

1) Présenter passeport pour obtenir un formulaire de demande de permis touristique.

2) Bâtiment opposé pour le permis touristique (une sorte de visa). Coût : 5$

3) Changer de guichet pour acheter le timbre officiel à coller sur le visa. 1$

4) Retourner au premier bureau pour faire tamponner le passeport. Gratuit.

5) Traverser la rue pour aller au bureau d’assurances et en contracter une. 15$

6) Retraverser la rue et monter à l’étage pour faire tamponner le certificat d’assurance. Étape la plus longue, la madame était partie à la banque pour raison personnelle. Elle est revenue au bout de 15 minutes. Un coup de tampon sans même regarder. Gratuit.

7) Descendre les escaliers pour aller aux douanes. Importation de la moto. Sauf que la fonctionnaire de service refuse de croire qu’au Canada on n’a pas de titre de propriété comme les américains pour nos véhicules. Les chauffeurs routiers en arrière de moi s’en mêlent car ils veulent passer aussi et ça prend trop longtemps. Finalement elle fait les papiers, mais je suis incapable de préciser mon point de sortie du pays et elle doit appeler son supérieur pour approuver l’importation temporaire du véhicule.

8) Aller dans le bâtiment voisin qui ressemble à des toilettes, pour faire enregistrer le formulaire des douanes. Le monsieur me dit que je peux partir maintenant

9) Je pars et roule vers le poste de contrôle douanier. Il y a là un japonais qui fait Mexique-Panama à vélo. Sa serviette de bain enroulée sur la tête et aspergée d’eau, ses lunettes de glaciers, les boites de plastique rose qui lui servent à transporter ses deux sacs à dos, lui donne un air un peu tragi-comique d’un personnage d’Hayao Miyazaki. Nous discutons brièvement en espagnol. Il ne quitte pas son sourire éclatant d’une seconde. Quand le douanier le laisse partir, il me lance un «good bye» joyeux. Contaminé par son sourire, je crois bon de lancer en réponse «konnichiwa», d’accord ça veut plutôt dire bonjour, mais sur le coup c’est tout ce qui m’est venu à l’esprit. Mon effet n’est pas tombé à plat. En commençant à pédaler, il part d’un énorme rire et répète entre deux explosions tonitruantes «Konnichiwa». Quant à moi il semblerait que j’ai raté l’étape 9, je dois retourner au poste douanier, il me manque le certificat de fumigation. Lorsque j’arrive de nouveau à la frontière, j’ai l’impression que le vent me porte aux oreilles un «konnichiwa» lointain. Les helpers semblent bien apprécier mon retour, je le vois à leur air goguenard. J’obtiens en échange d’un dollar un autre document sans même que personne ne regarde la moto, ou alors ils l'ont fumigués du regard depuis leur bureau. En remontant à moto, je suis interpellé par une pocharde qui me demande en mariage. Je crois bon de décliner l’invitation. Pourtant elle m’aime, me dit-elle, et m’offre l’usage de sa papaye. Et je pense que ça veut dire ce que je pense que ça veut dire! Elle est heureusement trop saoule pour joindre quelque geste que ce soit à la parole.

10) Retour au poste de contrôle. Ce coup-ci tout est bon, je roule au Panama après une heure cinquante qui n’aurait pas déplu à Terry Gilliam, période Brazil.

Une chance que pour une fois j’avais réussi à me lever tôt. Départ très matinal à 6H43 ce matin.

Courte escale à Pononomé, la ville du Panama (je ne veux pas dire le pays mais le chapeau!). Je me paye le petit luxe d’un hôtel avec eau chaude (pas eu depuis 5 jours, j’en rêve!), internet et air climatisé. J’ai besoin d’une bonne nuit de sommeil. Me retrouver dans la ville de Panama pour chercher un moyen de passer en Colombie par 37 degrés à l’ombre et un taux d’humidité seulement mesurable sur l’échelle de Richter promet d’être une joie sans nom.






25$ la nuit c'est pas du luxe ça?

Pas la baraka au Costa Rica

La traversée de la frontière entre le Nicaragua et le Costa Rica fut la plus pénible du voyage. Bon, pour sa défense je précise de nouveau que j’y suis un peu pour quelque chose. Quelques libations de trop la veille ont empêchées mon départ matinal et je ne quittais l’auberge du Viajero Clandestino qu’à dix heures trente. Je savais que cela me mettait dans une situation que je n’imaginais pas des plus souhaitables, mais j’étais décidé à faire avec.

C’est la première douane que je traverse qui se trouve sur la route Panaméricane, c’est plus populeux. C’est peut-être aussi l’explication de ma chance pour le moment avec les divers écueils administratifs et arnaques en tout genre, et aussi la relative rapidité des opérations.

Les helpers assaillent le conquérant étranger bien avant que quelque chaîne ou barrière officielle ne se mette sur notre chemin. J’ai pris pour habitude après avoir dépassé les camions de ne pas m’arrêter tant que la barrière ne m’empêche d’aller plus loin. Quant aux helpers, leur instinct de survie les fait se déplacer avant que je ne les écrase. Arrivé près de la frontière officielle, ils signalent ensuite l’endroit où l’on doit s’arrêter. Par principe je me stationne toujours ailleurs, de toute façon, ils suivent le mouvement. Cela fait, leur cris et explications divers sont un peu stressants et je prends le temps de retirer mon casque et mes gants avant de faire quoi que ce soit. Ici il y a un officiel qui indique les premières étapes du processus. Je fais signe aux rapaces de se taire. Ça prend deux ou trois tentatives avant qu’ils ne comprennent le message. C’est assez simple, je dois payer un dollar de taxe municipale à droite, puis entrer dans le chemin de boue à gauche pour obtenir un papier à présenter à l’inspection de véhicule. Je n’ai pas vraiment besoin d’un helper pour ça. Je paye mon dollar, et me rend à moto à la guérite pour mon papier. Peu amène le fonctionnaire enregistre le numéro de plaque du véhicule, me tend un papier de 3X4 centimètres, et m’ignore royalement. Il reste quelques helpers autour de moi et ils me disent qu’ils peuvent m’aider pour l’inspection. Pour le moment j’ai juste besoin de savoir où c’est, je pose la question à un des jeunes assemblés autour de moi. Je ne sais pas trop quels critères je retiens pour choisir un aide, mais je ne suis pas très bon juge des gens que je ne connais pas du tout. Depuis le début il y en a un qui me parait ressortir plus que les autres du lot. Il s’agit de Lester, je le remercie de sa réponse, et il me dit qu’il peut m’accompagner au cas où j’aurais besoin de son aide plus tard. Je lui réponds que c’est comme il veut, mais que je n’ai pas l’intention de le payer pour ça. Cela lui convient. Arrivé devant le bâtiment des inspections, la première constatation est qu’ils n’ont pas de bureaux indiqués comme tel. Je ne veux pas demander à Lester sinon il va croire que je l’emploie. Après quelques demandes, j’apprends que je dois d’abord faire tamponner mon passeport. Avant de quitter l’auberge ce matin Allan, le gérant, m’a donné un bon truc. Il y a une file générale et une réservée aux bus de TransNica. Cette seconde est souvent peu achalandée, à moins d’arriver juste après un bus. Bingo, il n’y a que trois personnes. Je paye mon 2$ et retourne en quête d’un inspecteur. J’apprends qu’ils sont en pause déjeuner, de retour dans une heure. Ben voyons!!! Lester qui était toujours là me dit qu’il pense pouvoir m’aider à ce stade. Je lui demande qu’elle est le montant qu’il faut payer pour soudoyer un inspecteur en pause déjeuner (mais avec moins de mots, car je vous rappelle que c’est en espagnol). Il me dit que pour cinq dollars il devrait se débrouiller. Je lui réponds que je les lui donnerais s’il met moins de 10 minutes. Le voilà parti en courant avec mon papier encore vierge. Trois minutes plus tard il revient avec le papier portant cinq cachets et signatures. Même pas venu l’inspecteur. J’ai l’impression que si j’avais attendu une heure pour la première signature j’aurais eut droit à une autre excuse pour la seconde, jusqu’à ce que je soudoie quelqu’un. Difficile de battre le système. Je fais mes adieux à Lester et me dirige, toujours dans la boue, vers les douanes du Costa Rica. Première étape ici, l’immigration. La file d’attente est assez impressionnante. Helpers et curieux m’entourent rapidement. Et c’est le défilé des questions habituelles. Combien vaut la moto, as-tu besoin d’aide pour passer les formalités, d’où tu viens, où tu vas, etc. Dans le lot un français me salut. Nous engageons la conversation. Il passe l’immigration avec sa famille et fait la queue pour les passeports depuis deux heures, il lui reste environ une demie heure de queue pense-t-il. Il me propose de le rejoindre dans la file et de prétendre que nous sommes ensemble, car elle s’est encore allongée depuis son arrivée. Brillante idée, d’autant plus que la chaleur est écrasante et l’air surchargé d’humidité. Respirer est en soit un effort qui suffit à mettre en sueur.

Je m’entretiens rapidement avec un helper quand même. Il me dit que pour vingt dollars il peut me faire passer tout très rapidement. J’en propose dix. Nous avons un accord. Nous entrons dans le bâtiment des passeports et attendons je ne sais quoi dans une petite pièce. Au bout de deux minutes il passe un policier dans le couloir. Vladimir l’interpelle. Rapide poignée de main, deux mots échangés, rapide signe dans ma direction, on me signifie d’entrer dans un bureau et de me mettre en arrière de la première file. Efficace le camarade. Moins de cinq minutes au lieu d’un bon trois heures au bas mot. Avec ma veine habituelle, pour une fois que je décide d’abuser à mon profit de la corruption locale, je tombe sur Madame probité en personne. Ayant repéré le manège en cours, elle se dirige vers moi et me demande de sortir en me tirant par la manche. J’avoue que je suis plutôt touché par sa volonté de ne pas laisser le système aussi pourri qu’elle l’a trouvée en entrant, et j’ai même un peu honte. Mais, je ne lui obéis pas pour autant, je regarde droit devant moi sans un mot. Elle passe les guichets et revient avec un policier assez âgé. Ouille, je me vois déjà dans un sac d’embrouilles moi! Le policier me regarde vaguement, prend la madame par le coude et sort avec elle. C’est fou le nombre de gens qu’on peut acheter avec 10$ par ici.

Étape deux : l’assurance. Vladimir me dit que je ne peux pas payer en dollars américains que je dois acheter des Colones à un changeur. Je suis un peu retors et demande à aller parler au bureau des assurances. Vladimir m’accompagne. Au début on me dit que ce n’est pas possible. J’insiste, parle à une deuxième personne. Oui c’est possible. Bon, je sors ma calculatrice et constate que le taux qu’ils font si je paye en dollars est encore plus désavantageux que celui des changeurs. D’accord les changeurs alors.

Après les assurances, il y l’inspection du véhicule. Là nous coupons la file et allons directement derrière la personne en cours d’examen. Vladimir, qui connaît son affaire place mes papiers sur le bureau dès que l’inspecteur et le monsieur en avant de nous sortent pour vérifier son véhicule. Cinq minutes plus tard, c’est mon tour. Là encore pas d’inspection pour moi, j’inspire confiance ou bien on fait vraiment du chemin avec 10 dollars, pas sûr de la réponse moi!

Étape quatre : les douanes. Présentement dans un bus, car le bâtiment a brûlé il y a peu.

Une seule personne au bus. Un camionneur guatémaltèque très sympa. Arrive mon tour, je signe sans regarder ce qu’on me tend, comme d’habitude. Vladimir me dit que je suis bon pour continuer tout seul, car il ne reste que deux contrôles avant la fin. »Trois cents mètres et c’est le contrôle de l’inspection des douanes. Tout est OK, sauf qu’il y a une erreur dans mon numéro d’immatriculation sur le formulaire des douanes. Retour à l’étape quatre pour refaire le formulaire. La deuxième fois est la bonne.

Ensuite passage du contrôle de police pour vérification du passeport. Ouf, je suis enfin au Costa Rica. Deux heures exactement. Cela aurait put être beaucoup plus long, mais je suis surpris qu’un pays comme le Costa Rica soit un tel désordre administratif, y a-t-il un but spécifique derrière tant de bureaucratie? Comme rebuter les Nicaraguayens qui voudraient passer pour faire des affaires du côté sud de la frontière par exemple.

La journée se finie bizarrement. 40 Minutes de perdu à un guichet automatique qui ne fonctionne pas. J’ai fait la queue pour rien. L’appareil n’est pas relié au central pour le retrait au système Cirrus, bien qu’il annonce le contraire sur sa devanture. C’est un projet me dit la préposé de la banque. Je roule jusqu'à la nuit tombée, et fini dans un hôtel de Puntarenas. 12$ pour le pire endroit du voyage. Les plus modestes de hôtels étaient au moins propres. Celui là pour un prix double d’un très bon endroit au Nicaragua est une vraie «dump». En plus sur les coups de 23 heures, je sors pour acheter une bouteille d’eau car la bouffe du resto était super salée. Rien d’ouvert dans le quartier. Juste deux bars côte à côte. J’entre dans le premier, en ressort et entre dans le second. Même topo dans les deux. Il y a une affiche à l’entrée qui indique que les établissements sont interdits aux dames. Pourtant il y en pas mal, des dames, à l’intérieur. Vêtues de manière assez légère (il fait tellement chaud, faut dire!), et ne laissant aucun doute planer sur leurs charmes, et le fait qu’ils soient sans l’ombre d’un doute à louer. Je commande ma bouteille d’eau, et un pochard m’aborde et vient me faire la conversation. Son anglais est impeccable, mais franchement, je suis pas tenté de rester une minute de plus dans ce trou avec une épave à la dérive et vingt prostitués aux aguets. Je m’éclipse poliment.

Le jour deux n’est pas meilleur. Je me suis rendu jusqu'à la péninsule d’Osa, pour profiter des grands espaces de ce coin de pays. La route fut sans doute la pire de tout mon voyage. Je ne peux même pas dire qu’il y ait des nids de poule. Ce serait plutôt aux diplodocus qu’il faudrait avoir recours pour nicher dans ces abysses aux côtés abrupts. J’ai aussi ma première chute du voyage à rapporter. Sur une piste en voulant éviter un trou, la moto a glissée dans le fossé, mais on roulait toujours. En me voyant mal parti j’ai accéléré. Je commençais à me demander comment en sortir de ce fossé, quand j’ai été arrêté net et la moto a virée brusquement sur la droite. Un problème venait de se résoudre, nous étions certes étalés par terre, mais sorti du fossé. La pédale de frein a heurtée une énorme roche qui nous a bloquée sur place. Elle est salement tordue la pédale d’ailleurs. Deux braves ouvriers arrivent en courrant, m’aident à relever la moto. Et ni une, ni deux, sortent un tube de fort diamètre, deux clefs à molette, et me voilà avec un pédale de frein pas mal proche de sa position originale. Reste à réparer la valise de droite, arrachée dans la chute. Ce qui fut fait aussi volontairement. Ils ont refusés toute rémunération que ce soit. La classe les gars.


Finalement je trouve un site bien tranquille du côté de Rincon. Petite pension chère et sans aucun service. Mais au bord de la mer et en paix. Je fais un tour de kayak, tranquillou. En sortant de l’eau, le chien de la proprio me choppe par surprise en me mord salement le pied gauche sans préavis. J’ai été tellement surpris que je le rate de peu avec la pagaie, fichu clébard. La madame m’assure qu’il est vacciné et n’a pas la rage. J’en serais certain dans trois jours si je suis encore en vie.

Je sors pour la première fois ma trousse de premiers soins.


Le Costa Rica, c’est très cher, les chiens sont encore plus cons qu’ailleurs, la pauvreté la plus noire côtoie les hôtels de luxe, les casinos et les Mercedes (preuve de ma théorie que le tourisme n’enrichit que les riches et laisse les pauvres sur le parquet est plutôt juste). En plus j’ai eu mon premier vol du voyage. Aux douanes quelqu’un m’a délesté des trois tendeurs élastiques qui retenait ma bouteille d’eau.

C’est décidé, je crois que je hais le Costa Rica. Demain j’essaye le Panama.



Il vaut mieux viser avant de traverser

jeudi 3 décembre 2009

Granada


Le Nicaragua méritait sûrement plus que les 28 heures que j’y ai passé et une coupe de cheveux à deux dollars 50. Les paysages y sont magnifiques, les volcans rappellent un peu les reliefs guatémaltèques. Il y a de nombreux parcs nationaux qui semblent très prometteurs. Mais j’ai décidé d’aller vers le sud un peu plus rapidement. Je voulais passer deux jours à Granada. C’était avant que les élections me retiennent au Honduras. La ville est magnifique, de style colonial aux couleurs bigarrées et pétantes à souhait. L’ambiance ne m’a pas vraiment emballée cependant. Beaucoup de touristes se promènent en ville, mais c’est surtout de m’être fait proposer d’acheter de la drogue deux fois en 3 heures qui m’agace un peu. Ça donne une idée de ce que recherchent les gens qui viennent ici. Je suis certain qu’il y a moyen d’en trouver partout où je suis passé, mais il faut chercher un peu. Quand cela est trop flagrant je trouve cela un peu malsain.

Le lac Nicaragua, le plus grand lac d’Amérique Centrale, a des airs de mer intérieure, et en le longeant vers la frontière le vent y faisait plus que des ridules, pas de quoi surfer, mais de belles vaguelettes quand même.








Un arbre de noël et des palmiers.




Jim Morrison veille sur la moto.

mardi 1 décembre 2009

Ça passe ou ça passe pas?




La journée des élections a vraiment été calme. Très calme.

Vers midi le quartier général des bleus est aussi tranquille que celui des rouges.

Il n’y a strictement rien à faire dans ce trou un dimanche férié. J’ai passé une bonne heure et demie avec mes nouveaux copains, Angel et Juan Alberto. Ils font de la résistance passive en n’allant pas voter, ils espèrent un taux d’absentéisme record, et pensent que les élections en cours n’ont aucune légitimité. Il semble que notre conversation se révéla suspecte pour trois braves représentant de la loi aux sens très affûtés. Nous fûmes victimes d’un contrôle d’identité se voulant assez intimidant. Je ne sais pas pourquoi, en temps normal c’est le genre de situation que je redoute, une peur du flic sourde que je me souviens toujours avoir eu. Mais là, même pas nerveux! En plus je n’avais pas mon passeport avec moi, ce n’est pas le mieux lors d’un contrôle d’identité. Un cirque d’une bonne vingtaine de minutes, pour finalement nous dire qu’ils étaient aux aguets car ils craignaient que des éléments perturbateurs vénézueliens ne viennent semer le trouble dans ce charmant village, dont on se doute bien de la valeur stratégique à l’échelle d’un pays comme le Honduras. C’est vrai ce n’est pas la première fois que je suis pris pour un espion venu du Venezuela, l’accent sans doute. En tout cas devant tant de perspicacité policière les citoyens du Honduras peuvent dormir tranquilles.

Le soir nous tînmes une réunion de guerre franco-canado-hollandaise à notre hôtel. Il faut dire que tous nous entendîmes dire dans la journée que la frontière pourrait ouvrir le lendemain dès six heures. Décision prise à l’unanimité, nous irions y faire un tour dès l’aube, passer un jour de moins que prévu initialement ici nous réjouissais tous.

Dans le petit matin blafard nous arrivions à la douane pour la tentative numéro deux. Il y avait encore plus de camions que samedi, mais nous les dépassâmes sans remord. Seulement quatre voitures en avant de la file, je mis la moto en premier comme j’en ai pris l’habitude. Les rumeurs allaient bon train parmi les chauffeurs de camions et les quelques policiers honduriens réunis en ces lieux. Les plus folles et les plus loufoques. Nous prîmes notre mal en patience, en faisant la conversation avec Darwin, un des ces jeunes assistant pour touristes qu’on retrouve à toutes les douanes et qu’on appelle généralement helper. Il est sympa ce jeune. Il insiste pour dire qu’il est bénévole et qu’il apprécie juste une rémunération sur une base volontaire. Aucun de nous ne pense vraiment en avoir besoin et sommes plutôt contre le principe de manière générale, les helpers servant le plus souvent les intérêts d’officiels corrompus. À sept heures trente, le Nicaragua a ouvert ses frontières. Sauf qu’aucun personnel des douanes du Honduras n’est prêt à travailler si tôt. 8 heures 15 leur paru une heure décente. Aussitôt, ce fut la foire d’empoigne. Dans une ambiance bonne enfant malgré tout. Mais un bordel monstre. Darwin était toujours dans le coin et fut recruté aussitôt. Il est vraiment rapide ce gamin. Il a ses entrées dans chaque bureau, et nos papiers passaient directement sur le dessus de la pile. Il courrait ensuite faire la queue pour nous au guichet suivant. Il n’y pas eu d’arnaque comme j’ai pu le lire sur internet pour cette frontière. Juste une pour moi, les hollandais y échappant je ne sais pourquoi. J’ai dû payer un dollar de taxe municipale pour l’entrée de la moto au Nicaragua. Une heure quinze après l’ouverture des douanes, nos roulions enfin au Nicaragua. Et quel plaisir! Le Nicaragua offre des routes en bien meilleur état que le Honduras. Passer du Guatemala au Honduras avait été aussi un choc. Le Guatemala est vraiment un pays pauvre mais alors le Honduras bat des records dans le domaine. Un record du sordide. En passant au Nicaragua on remonte d’un cran. Il faut quand même préciser que les gens que j’ai rencontré de tous les pays que j’ai traversé depuis mon départ sont d’une extrême gentillesse et tous fiers de leur pays respectifs. Plus rapide que la Jeep Wagonner 1981 des mes compagnons je filais comme la foudre sur l’asphalte brillant d’une récente averse, nous avions rendez vous sur la place centrale de Granada le soir même.

Mon projet de partir tôt le lendemain matin pour traverser au Costa Rica ne put être mis en application. Après avoir passé l’après midi dans Granada, je retrouvais les européens et un ami qu’il venaient de faire. Un américain sympa, mais dont j’ai oublié le nom. Nous fêtâmes donc nos retrouvailles de manière appropriée. Et trinquâmes au fait qu’ils furent victimes de trois tentatives de racket aux postes de contrôle policiers. Ils ne payèrent qu’une fois. Ce qui me surprend par contre c’est que sur la même route, aux 6 ou 7 contrôles que je dépassais, à chaque fois je recevais un signe désinvolte de «circuler».

Donc mon idée brillante de passer la frontière vers 9 heures a un peu souffert des rhum and coke et du coucher à deux heures et demie du matin.

Au fait c’est les bleus qui ont gagnés.

Puis j'ai fait les nouvelles de samedi. Je suis en photo dans le journal local. On voit bien les resultats de ma technique de remonter les files, je suis le premier devant la chaîne qui sépare les deux pays. Pour rien cette fois-ci, on gagne pas à chaque fois.