dimanche 18 octobre 2009

On fait quoi maintenant?

En me levant ce matin (samedi), j’avais cette impression de malaise. Les restes d’un mauvais rêve, je ne sais pas trop. Démangeaisons dans la nuque et creux à l’estomac. Dans les brumes de la nuit que mon cerveau encore (et toujours!) au ralenti refusait de totalement dissiper. Ma première pensée plus ou moins consciente fut que je ne finirais pas ce voyage avec ma moto.

Je me suis levé péniblement, avaler un reste de chocolat de la veille m’écoeura brièvement, en priant quelque dieu qui m’aurait pris en pitié que mon bricolage n’aurait pas tenu et qu’un peu de duck tape me remettrait dans l’axe, sur mon chemin tortueux.

Mais bon, ce dieu que je ne connais pas, il devait bien se marrer sur sa colline, là où se postent les dieux pour nous observer. Mon connecteur était bien solide. Bon, si le régulateur avait de nouveau grillé, je me suis dit que le stator devait être mort.

Par chance dans cette bourgade il y a un magasin Yamaha. Je leur amène la moto et mon manuel d’entretien sur une clef USB. Pas trop motivés, ils jettent un œil sur la chose, et constate que le stator s’il fonctionne, est très en dehors des tolérances du manuel. Probablement la cause du régulateur grillé de nouveau. Bon j’ai juste besoin d’un stator alors. Je téléphone au Canada, car ici, ils ne peuvent même pas avoir les références, la moto n’ayant jamais été distribuée aux USA. Pas de problème pour avoir les numéros, mais ils n’ont pas de pièces en stock. Je passe deux heures sur Skype avec la Grande Bretagne et le Canada pour essayer de trouver l’objet rare. No luck!

Ne sachant pas trop quoi faire je fais un tour en ville. 40 minutes aller-retour. Abandonner me parait le plus évident, et je me laisse aller à ce sentiment réconfortant, où je m’imagine devant un bon feu de bois, avec la neige qui tombe mollement au dehors. Mais je suis parti pourquoi déjà? Je peux pas lâcher comme ça, si?

Je rentre à l’hôtel et me plonge sur le net. Et si j’achetais une autre moto sur place? Bon pas facile, j’ai oublié que je n’ai pas le budget pour la moto neuve et presque sans risque qu’il me faudrait, sinon je l’aurais acheté au départ. Donc je risque de me taper la même épave roulante. D’ailleurs, pour le coup, je ne sais pas si je dois en vouloir à ceux qui m’ont dit que je n’arriverais pas au bout avec ma meule. C’est vous qui m’avez porté malchance où bien je dois vous envier votre clairvoyance? Mais je suppose que cela est implicitement reconnaître mon ignorance, incompétence, naïveté, j’en ai d’autres des qualificatifs, mais je les garde pour moi.

Je retourne chez Yam, on parle un peu. Si je commande le stator maintenant, il sera arrivé du Japon dans 2 semaines, et je pourrais repartir pour une semaine sur les routes avant de claquer autre chose. Idéalement j’aurais besoin d’un nouveau faisceau complet pour être tranquille, tous les connecteurs sont au bord de l’apoplexie. Alors je commande, normal.

Je me prépare un beau deux semaines dans ce charmant village. J’avoue les États-Unis regorgent d’endroits exceptionnels. Et j’ai réussi à tous les éviter pour le moment. Alors donc, ce charmant bled se distingue des autres mêmes bleds de 11 000 habitants, dont 23 personnes de moins de 30 ans, par… par… ha! Oui, par rien, en fait. Même abondance des gens en train de s’atteler à l’ingrate tâche d’augmenter leur excédent pondéral, même pléthore de restaurants fast food ( 1 pour 12 habitants), même alignement de boutiques fermées en état de décrépitude plus ou moins avancée, même absence de jeunesse qui animerait un peu cette mortitude fixe au milieu du désert.

Je me déménage dans un motel, pas mal moins cher que l’hôtel qui m’accueillit la veille. Forcément pour 27$ la nuit, c’est pas le plus grand luxe qu’on puisse trouver.

Deux chambres sont occupées, et je gère fièrement l’insigne privilège d’occuper la chambre numéro 1 (la première à droite).

Mais au moins on ne risque pas de se disputer la piscine. Ceci dit même si on était plus nombreux on se disputerait pas trop.

Et en prime, j’ai la compagnie de rongeurs qui galopent dans les murs la nuit, sympa.

Donc, merci d’avoir suivi mes récits, pour les jours qui viennent je vais faire le plein de plats surgelés et de Dr Pepper et passer mes journées sur internet. Revenez visiter ce blog dans deux semaines, avec un peu plus de chance que ce que j’ai eu depuis le départ je serais sur le point de reprendre la route. En m’arrêtant deux semaines tous les 8 jours, et en roulant 900 kilomètres par jour entre chaque panne, je serai au Guatemala pour noël 2010.